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La pratique de Samuel Lebel Gagnon est fondée sur l’attachement particulier qu’il a développé avec le paysage bas-laurentien et des questionnements identitaires tant territoriaux que familiaux s’y rattachant. Par des médiums aussi variés que la sculpture, l’installation et les nouveaux médias, il réinterprète, remodèle et refond la spatialité des grands espaces naturels. Il crée de ce fait une mythologie personnelle qui parfois documente, parfois décontextualise tout ce qui gît entre les montagnes et le fleuve. D’un esprit autobiographique et autofictionnel, l’artiste glane au travers une multitude de fragments et souvenirs étalés dans son esprit. Ses réflexions l’amènent d’ailleurs à se positionner quant aux différents héritages familiaux qui lui ont été laissés et ceux qui ont malheureusement été perdus au fil des ans. Ces savoirs sont tous issus de réalités familiales auxquelles il tente de s’accrocher dans une tentative de reformulation identitaire. Lebel Gagnon se questionne sur les façons de concilier les conflits d’héritage qui l’habitent au quotidien tout en essayant de s’affirmer comme sa propre personne.  

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J’ai eu envie d’autres choses 

2022 

Bois d’érable et de merisier, béton, céramique, tubulure de polypropylène,

quincailleries diverses, Impression jet d’encre sur acétate 

 

Le chalumeau, lorsqu’il est planté dans l’érable, est inséré à la diagonale afin d’optimiser l’écoulement de la sève. Cette position légèrement rabattue ne l’empêche pas de pouvoir porter le poids de la chaudière et d’y vider la sève. Cet outil n’est pas sans rappeler le crochet portant le manteau au pas de la porte. Le chalumeau s’invite comme un crochet à linge intrigant en pleine forêt, les érables cherchent de la compagnie au dégel.  

J’ai eu envie d’autres choses s’inscrit dans une série de réflexions récentes de l’artiste sur l’infime frontière qui se tend entre les identités personnelles et familiales. La notion d’héritages ainsi que la rupture de ceux-ci se déploie alors sous la forme d’un espace investi d’une série d’objets fabriqués, façonnés, transposant matériellement des fragments mnémoniques. L’entaillage des érables reste une tradition particulièrement active du côté paternel de l’artiste, une tradition patriarchale qui se transmet aux premiers redoux du printemps. Alors que la saison des sucres approche, le corps et l’esprit s’emplissent de l’air pur des vents frais et la mémoire s’active. La tradition se transmet par le faire mais lorsque le transmetteur et le receveur sont à plusieurs centaines de kilomètres, l’apprentissage est rendu difficile, voire impossible. La reproduction d’objets factices alloue une alternative à la transmission des savoirs, l’objet reconstruit porte une charge mnémonique particulière qui se voit par la suite retransmise au spectateur.