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Né à Montréal en 1994, Manuel Fleury grandit dans une famille de graphistes et de musiciens. Prédestiné à se développer dans le domaine des arts, il commence par entreprendre des études en beaux-arts au Cégep du Vieux-Montréal, puis se rend ensuite au Collège Salette pour étudier en design graphique. Après quelques années sur le marché du travail, il retourne étudier les arts visuels à l’UQÀM. Aujourd’hui, en dehors de sa pratique artistique personnelle, Manuel Fleury travaille notamment comme assistant d’artistes, autant nationaux qu’internationaux et pratique toujours, comme pigiste, le travail de graphiste.  

Les dernières années l’ont aussi bien amené à travailler sur des projets de peinture, de photographie que de sculpture, d’imageries 3D et de vidéos. Bien que multidisciplinaire, sa pratique met la plupart du temps l’image de l’avant. Dans une grande majorité de ses œuvres, il tente de mettre en images l’envergure que les technologies et les médias ont sur la fabrication de nos environnements et notre perception de la réalité. La virtualité, ou plutôt le « continuum réalité-virtualité » est un des thèmes récurrents dans sa démarche artistique. En lien avec la philosophie des technologies, le « device paradigm » se trouve aussi à être, pour lui, une source incontournable d’inspiration pour comprendre la relation que nous avons avec les technologies.  

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Œcuménopole 

2022 

Aluminium gravé, peinture cuite 

91,44 x 91,44 cm 

 

La ville est vivante, elle change, se transforme et grandit. Intimement liée à notre psychisme, nous la comparons souvent, sans surprises, à l’anatomie de l’humain. Nous parlons du « cœur » de la ville, du « centre névralgique » ou des « artères », et le marché, d’après le titre du roman d’Émile Zola, devient Le Ventre de Paris. Cela nous fait évidemment penser au néologisme que Guy Debord appela la psychogéographie. Par un désir de « réappropriation de l’espace urbain par l’imaginaire », les situationnistes aborderont de nombreuses réflexions en réponse à l’aliénation de l’urbanisme fonctionnel.  

Nous bâtissons les villes sans repos et celles-ci nous renvoient constamment l’ascenseur en nous façonnant à leur tour. Les processus sociaux et la forme qu’ils prennent dans l’espace sont intimement liés. En cela, lorsque nous modifions leurs formes, nous changeons de même leurs structures sociales.

 

Nous avons, depuis longtemps, comparé les villes à des organismes vivants, des colonies de fourmis, des réseaux de rivières ou des écosystèmes. Mais aucune de ses analogies n’arrive à capturer l’essence réelle du fonctionnement des villes. De façon plus poétique ou de l’ordre de l’imaginaire, la ville s’apparente, dans mon cas, à une étoile. Une force soudaine les fait apparaître au milieu de nulle part, et, par le fait même, elles y attirent et consomment tout ce qu’elles entourent. Les étoiles, comme les villes, sont des lieux de haute densité dont les centres régissent leurs frontières. Elles s’amplifient, s’intensifient, prennent de l’envergure et se développent sans que rien ne les arrête. Plus elles sont grandes, plus elles attirent, et plus elles attirent, plus elles grandissent vite. 

L’organisme vivant qui grossit à tendance à ralentir son métabolisme et ses efforts. Cette tendance peut être comprise comme un besoin de sauvegarde d’énergie, plus un mammifère est gros, plus il est lent. La ville, elle, ne semble pas se comporter ainsi. En fait, la ville est très peu efficace au niveau de son économie d’énergie et bien que de nombreux groupes se penchent sur la question de sa durabilité, celle-ci est, depuis toujours, bâtie pour créer et consommer de l’énergie. Dans ce sens, la ville se retrouve plutôt comme le contraire de l’organisme, elle attire et concentre l’énergie, ainsi qu’elle accélère nos occupations et nos interactions. 

La ville est dense et difficilement explicable, elle est remplie de nuances dont personne n’en fait la même lecture. La ville nous projette dans le futur et le passé, la ville évolue au même rythme que nous. La ville est une étoile, et que serions-nous sans les étoiles qui nous ont montré le chemin durant tant d’années ?